Hoesik en Corée : comment se passent les repas entre collègues ? | Life in Korea

Collègues réunis autour d’un barbecue coréen lors d’un hoesik en Corée du Sud.
Hoesik en Corée : un repas entre collègues autour d’un barbecue coréen

【Quand les collègues se retrouvent autour d’un barbecue】

En France, prendre un verre avec ses collègues après le travail n’a rien d’extraordinaire. Un afterwork, un pot, un dîner d’équipe : l’idée est familière.

En Corée aussi, les collègues se retrouvent parfois après le travail. Mais si vous travaillez dans une entreprise coréenne, vous entendrez peut-être un mot qui n’a pas tout à fait d’équivalent : 회식, hoesik.

Et pour comprendre ce qu’il signifie, mieux vaut entrer dans un restaurant que chercher une définition dans un dictionnaire.

La journée de travail se termine.

Quelques collègues quittent le bureau et se retrouvent dans un restaurant de samgyeopsal, la poitrine de porc grillée très populaire en Corée.

Au milieu de la table, la viande grésille sur la plaque. Il faut la retourner, la couper, faire passer les accompagnements. Les verres s’entrechoquent et les conversations commencent peu à peu à s’éloigner du travail.

C’est l’une des scènes que l’on peut rencontrer lors d’un hoesik.

Mais attention : tous les hoesik ne ressemblent pas à cela.

Certaines équipes déjeunent ensemble. D’autres préfèrent un dîner sans alcool. Il existe aussi des sorties autour d’un spectacle, d’une activité ou simplement d’un repas rapide.

Le barbecue accompagné de soju n’est donc pas « le hoesik coréen ». C’est seulement l’une des images qui lui ont longtemps été associées.

【Qui va prendre la pince pour faire cuire la viande ?】

Voilà une petite question qui peut surprendre lorsqu’on découvre les repas coréens.

Une seule plaque de cuisson, plusieurs personnes autour de la table… alors, qui s’occupe de la viande ?

Dans certains souvenirs de repas d’entreprise, on raconte que le plus jeune ou le nouveau venu prenait parfois naturellement la pince.

On pourrait facilement en déduire une règle : le junior doit faire cuire la viande pour les autres.

Ce serait aller trop vite.

Dans une équipe, celui qui sait bien faire cuire la viande peut s’en charger. Ailleurs, un responsable peut lui-même servir ses collègues plus jeunes. Et parfois, chacun s’occupe simplement de ce qu’il veut manger.

Le plus intéressant n’est finalement pas de savoir qui tient la pince.

C’est ce qui se passe autour du gril.

Pendant que la viande cuit, la conversation change souvent de registre. Des collègues qui parlent presque uniquement de travail au bureau peuvent discuter de leur week-end, d’un voyage, d’une série, de leur famille ou de leurs loisirs.

Le collègue plutôt silencieux peut soudain se révéler très drôle. Un responsable peut raconter une passion dont personne ne soupçonnait l’existence.

Bien sûr, toutes les équipes ne deviennent pas soudainement intimes autour d’un barbecue. Certains repas restent calmes et les conversations restent professionnelles.

Mais cette possibilité de partager autre chose que le travail aide à comprendre pourquoi le hoesik ne se résume pas à « boire avec ses collègues ».

Le repas compte aussi.

【Pourquoi tient-on parfois son verre à deux mains ?】

Un autre petit détail peut attirer l’œil d’un étranger.

Dans une situation relativement formelle, surtout lorsqu’il existe une différence d’âge ou de position hiérarchique, vous pourrez voir quelqu’un recevoir ou tenir son verre à deux mains : une main tient le verre tandis que l’autre accompagne le geste au niveau du poignet ou du bras.

On peut aussi voir une personne tourner légèrement le visage ou le corps lorsqu’elle boit devant quelqu’un de plus âgé ou de plus haut placé.

Ce sont des gestes liés à des formes traditionnelles de politesse.

Mais là encore, ce n’est pas une chorégraphie que tout le monde reproduit à chaque repas.

Entre collègues proches ou dans une équipe détendue, les gestes peuvent être beaucoup plus simples.

Si vous êtes étranger et que vous participez pour la première fois à un hoesik, inutile donc d’essayer de mémoriser chaque mouvement avant de vous asseoir à table.

Regarder ce que font les autres est déjà une bonne façon de comprendre l’ambiance.

【Et si je ne bois pas d’alcool ?】

Soju et bière font partie des images longtemps associées aux repas d’entreprise coréens.

On remplit les verres, quelqu’un lance « 건배 ! » — geonbae, l’équivalent d’un « santé ! » — et la soirée continue.

Mais l’alcool n’est pas nécessairement au centre d’un hoesik aujourd’hui.

Une personne qui ne boit pas peut rester avec de l’eau ou une boisson sans alcool, et certaines équipes organisent simplement des repas sans alcool.

L’essentiel peut être beaucoup plus simple : manger ensemble et avoir un moment pour parler hors du bureau.

【« On va où pour le deuxième tour ? »】

Le repas est terminé.

Et là, quelqu’un demande :

« 2차 갈 사람? »

En gros : « Qui vient pour le deuxième tour ? »

En Corée, le premier endroit où l’on se retrouve est appelé 1차, il-cha. Si la soirée continue dans un autre lieu, celui-ci devient le 2차, i-cha.

C’est là qu’apparaît une autre image longtemps associée à certains hoesik.

Après un premier repas, le groupe pouvait poursuivre la soirée autour de poulet frit et de bière.


Cette combinaison a même son propre surnom en Corée : 치맥, chimaek.

Le mot combine « chicken » et 맥주, maekju, qui signifie bière en coréen.

Pas besoin d’un long cours de culture coréenne pour comprendre l’idée : du poulet frit, une bière et une soirée qui n’est pas encore terminée.

Et si le groupe voulait continuer ?

Il pouvait y avoir un troisième tour.

Direction le 노래방, noraebang, le karaoké coréen.


Là, le collègue discret du bureau pouvait se retrouver microphone à la main pendant que les autres applaudissaient ou secouaient un tambourin. Et le responsable habituellement très sérieux pouvait surprendre tout le monde avec une vieille chanson qu’il connaissait par cœur.

Ce genre de scène fait partie des images longtemps associées aux hoesik en Corée.

Mais il ne faut surtout pas en faire un itinéraire obligatoire.

Barbecue au premier tour, chimaek au deuxième, noraebang au troisième : ce parcours a été une scène familière de certaines soirées d’entreprise et on peut encore parfois le rencontrer.

Ce n’est pas le programme standard des salariés coréens d’aujourd’hui.

De nombreux repas se terminent désormais après le dîner. Certains comportent peu ou pas d’alcool. Dans d’autres cas, seules les personnes qui en ont envie poursuivent la soirée.

Et parfois, personne ne demande « 2차 갈 사람? ».

Tout le monde rentre chez soi.

【Et le fameux nunchi dans tout ça ?】

Il reste un mot que l’on rencontre souvent lorsqu’on parle des relations sociales en Corée : 눈치, nunchi.

Le traduire simplement par « essayer de faire plaisir à son chef » serait trompeur.

Le nunchi désigne plutôt cette capacité à observer les autres, à sentir l’atmosphère d’un groupe et à adapter son comportement à la situation.

Autour d’une table, cela peut être aussi banal que regarder comment les autres se comportent avant de décider quoi faire soi-même.

Et comme pour le hoesik, cela dépend beaucoup du groupe, de l’entreprise et des personnes présentes.

【Alors, c’est quoi exactement un hoesik ?】

Peut-être qu’il n’existe justement pas une seule bonne image.

Un soir, ce sera un barbecue autour d’une plaque de samgyeopsal.

Une autre fois, simplement un déjeuner entre collègues.

Dans certaines soirées, le repas peut encore se poursuivre avec du chimaek, voire quelques chansons au noraebang. Dans d’autres, tout se termine après le premier restaurant.

Le hoesik n’a pas une forme unique, et toutes les entreprises coréennes ne le vivent pas de la même manière.

Mais si un jour vous vous retrouvez assis autour d’un barbecue avec des collègues coréens, vous comprendrez peut-être le mot autrement.

La viande grésille. Quelqu’un fait passer un plat. Les conversations quittent peu à peu le bureau.

Puis, au moment de partir, une voix demande peut-être :

« 2차 갈 사람? »

À ce moment-là, hoesik ne sera plus seulement un mot coréen appris sur Internet.

Ce sera une petite scène de votre vie en Corée.


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